Méditer, philosopher?

J’ouvre un peu au hasard, au milieu, le livre d’André Comte-Sponville “C’est une chose tendre que la vie”, livre dont j’ai sûrement déjà lu certains passages.

Et je tombe sur une curieuse opposition entre “méditer” et “philosopher”. L’explication en est sûrement dans le sens qu’André Comte-Sponville donne au mot “méditer”, dans les pages qui précèdent. Mais je ne peux que réagir à ce qui est dit page 234:
“- Quelle différence faites-vous entre méditer et philosopher?
“- Ce sont deux pratiques à peu près opposées. La philosophie se fait avec des mots, “avec des discours et des raisonnements” (Epicure). La méditation se fait avec des silences, des postures, des inspirations et expirations…

Bien que j’apprécie le “Dictionnaire philosophique” d’André Comte-Sponville, je ne peux que réagir vigoureusement à l’idée que “la philosophie se fait avec des mots”.

Car oui et non: il faut, bien-sûr, à un certain moment choisir des mots – éventuellement temporaires – pour décrire les différents aspects de la réflexion que l’on poursuit. Mais l’intuition intérieure, les réactions sensibles que l’on a en réfléchissant à telle ou telle question, font que, pour moi, philosopher, c’est créer. On n’est pas loin de l’artiste; on tourne autour d’une question, on jette sur le papier quelques idées…

On retrouve ici, une fois de plus, la différence entre les philosophies traditionnelles et la philosophie ouverte de Gonseth (voir mon site): toute description, toute modélisation, est provisoire. Elle utilisera notamment des mots, bien sûr; mais il s’agit d’avoir en tête un modèle du réel dont on cherche à parler.

C’est une réflexion; éventuellement une méditation. Un sujet que l’on a en tête et que l’on tourne et retourne.

La philosophie, c’est la vie !

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La façon dont un philosophe parle d’un sujet…

Avant de décrire un peu le chemin que j’ai suivi, j’ai envie de donner une sorte de brève conclusion de mes lectures d’aujourd’hui (“datez!”, nous dit Van Vogt):

Dans la façon dont un philosophe parle d’un sujet, il y a, quasi inévitablement:
– Un point de vue sur ce qu’est la philosophie
– Un point de vue sur ce qu’est le réel.
Et aussi:
– Des préjugés sur pas mal de choses!

Autant dire qu’il peut y avoir beaucoup de façons de philosopher; et que la notion même de “cours de philosophie” pose problème. Tout au plus peut-on essayer de décrire des courants philosophiques.

C’est la notion de “désir” que je viens d’essayer de regarder, dans un certain nombre de livres de philosophie que j’ai. Je renonce à résumer ici le parcours, mais il est intéressant,  et presque édifiant. On pourrait dire, presque nul; bizarre ou contestable parfois, etc.

D’où ma conclusion en italique ci-dessus.

Allez, j’approfondis un peu. Il me semble que ce que j’aurais aimé trouver, comme définition du désir, c’est quelque chose comme: “Aspiration de l’être, se traduisant par des pensées et des sentiments.” ….
Mais c’est peut-être en spiritualité, et uniquement en spiritualité, que cette notion paticulière de désir prend son sens… Les psychologues l’ignorent?

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Philolog.fr : un excellent “cours de philo”

Le site https://www.philolog.fr que je viens de découvrir est une excellente introduction à la philo, autant que je puisse en juger, car le site est vaste.

L’auteure, professeur de philo, a mis en ligne tout son cours; c’est clair et très vaste.

Souvent, en quelques lignes seulement, bien des questions sont évoquées; et on apprend !

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Barbara Cassin: “Dictionnaire des intraduisibles” et “Eloge de la traduction”

Je découvre, à travers “Eloge de la traduction”, les réflexions extrêmement brillantes, et pertinentes, de Barbara Cassin, dont d’autres extraits de livres (Kindle) m’avaient moins intéressé.
Barbara Cassin, élue en mai dernier à l’Académie française, est entre autres la coordinatrice du gigantesque “Dictionnaire des intraduisibles” (2004), intitulé aussi “Vocabulaire européen des philosophies”, pour lequel elle a associé un grand nombre de philosophes et traducteurs de toutes sortes de pays et de langues. Des versions en diverses langues sont sorties ou sont en cours. On peut consulter gratuitement un long extrait de la version anglaise Kindle (“Dictionary of Untranslatables”).

Le livre “Eloge de la traduction”, sous-titré “Compliquer  l’universel”, sorti en 2016, et dont il existe une édition Kindle, est une sorte de défense et illustration du travail entrepris par son dictionnaire.
Très critique notamment par rapport à la philosophie analytique, jonglant d’un philosophe à un autre (et me permettant d’en découvrir mieux certains), ce travail ne peut que passionner l’amoureux des langues – et de la philosophie – que je suis, largement dépassé par le feu d’artifice auquel j’assiste, mais approuvant vraiment la finesse de la réflexion!

Allez y jeter un coup d’oeil !
(C’est l’extrait Kindle d’Eloge de la traduction que j’ai lu pour l’instant).

Additif: Comme un commentateur sur Amazon le suggérait, j’ai aussi jeté un coup d’oeil au livre de Heinz Wismann “Penser entre les langues”…
Et là, amusement! Ecrit en 2014, et faisant sans doute implicitement référence aux travaux de Barbara Cassin, il insiste sur le fait que la principale différence entre les langues, c’est la syntaxe: les structures syntaxiques ! Il raconte à ce sujet une mésaventure de Humboldt en 1798, n’arrivant pas à se faire comprendre d’un auditoire français…
La syntaxe détermine profondément la manière de parler (de penser?).
Traversant l’Allemagne, en 1807, pour faire la tournée de toutes les têtes pensantes, Germaine de Staël se plaignait, à son tour, du fait qu’il n’y avait pas de conversation possible avec les Allemands, parce que, chez Goethe par exemple, ceux qui prenaient la parole ne la lâchaient pas avant d’avoir terminé leur phrase. Pour elle, une conversation consistait précisément à emboîter le pas à celui qui parlait, quitte à l’interrompre,..” !! (La raison étant, dit Wismann, que le verbe est à la fin de la phrase en allemand: tant qu’on n’a pas entendu le verbe on ne sait pas vraiment ce que l’autre veut dire).

Additif 2: Il y a un autre aspect, essentiel, dont j’espère/suppose que le travail du “Dictionnaire des intraduisibles” tient compte: c’est (tout simplement?) que certains mots ont un sens très différent d’un philosophe à l’autre. Wismann en donne un exemple à propos de ce qu’il appelle “la petite musique épicurienne”: Chez Épicure et Lucrèce la volonté est entièrement commandée par le mécanisme des atomes, seule la volupté est libre (..)”.
Le “Dictionnaire” consacre une page à “l’absence de la problématique de la volonté dans l’antiquité”.  Ni le Lalande, ni encore moins le Foulquié n’évoquent ce problème.

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La révélation est-elle un savoir?

Je lis sur reformes.ch un interview de Jean-Luc Marion sur la “révélation n’est pas un sous-savoir”. Je dois dire que je suis un peu gêné par cette approche, tout en reconnaissant l’importance des réflexions de M.Marion.

Dans la ligne du début de la 1° lettre aux Corinthiens, je crois que la découverte de Jésus comme présence de Dieu relève du don de soi, du renoncement à ce que l’on croyait savoir.

Il y a certes, comme l’analyse Marion, une sorte de “savoir” derrière… Mais il y a essentiellement de l’amour. Est-ce à travers ce que je savais de ma future femme que je me suis fiancé avec elle? L’approche de Marion n’est pas “fausse”, mais est très insuffisante; elle est à son niveau: philosophique; et utile sans doute de ce point de vue.

J’ai participé à une conférence de Marion il y a quelques années et écrit quelques embryons de textes sur sa philosophie: voir ici et .
L’article de reformes.ch aide un peu à comprendre ce que Marion appelle “phénomène saturé”.

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La philosophie, une science ?

Ni une science, ni vraiment un savoir.
Voir billet de 2015 sur ce site:

http://www.philippe-lestang.com/blog/2015/la-philosophie-est-elle-un-savoir

“… comme disait Kant, on ne peut apprendre la philosophie. On ne peut apprendre qu’à philosopher.”

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Quelques livres utiles

Parmi les livres qui peuvent aider à parcourir l’histoire de la philosophie, en voici quelques uns que je trouve particulièrement utiles.

    • Roger-Pol DROIT – A la fois sa “Brève histoire de la philosophie”, ses “Maîtres à penser: 20 philosophes qui ont fait le 20° siècle” et sa “Compagnie des philosophes”.
    • Michel Puech – “La philosophie en clair: dix auteurs classiques “sérieusement dépoussiérés”.
    • Laurence Hansen-Löve – “La philosophie comme un roman”, magnifique série d’interviews fictifs de grands philosophes, de Socrate à Hannah Arendt.

La “Philosophie pour les nuls” de Christian Godin est aussi un ouvrage fort intéressant, mais plutôt à consulter à l’occasion, vu son épaisseur.

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